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  • Elodie Morre

2021: le temps venu de la résilience ?

Le nouvel an, nous n’inventons rien par ici, est souvent propice aux bilans et à l'écriture de nos (bonnes) rés(v)olutions. Oui mais quid de cette année qui vient de passer, parée d’aspects parfois bien sombres entraînant avec elle son lot d’angoisses et de peurs archaïques ? Pouvons nous, en qualité d’humains, réussir à prendre le parti de toujours tirer de nos expériences douloureuses des enseignements qu’ils soient positifs ou non ?





Peut-on déjà parler de résilience à l’heure actuelle ? Peut-on déjà dire que nous avons pris assez de distance avec tout ce que nous avons vécu ? Les mesures que nous avons intégrées dans nos vies quotidiennes font-elles déjà partie de notre habitus ou sommes nous encore en phase d’apprentissage, de digestion des savoirs ? À partir de quand un peuple, que dit-on, un collectif mondial, devient-il résilient? À partir de quand peut-il puiser dans ses apprentissages passés la force de construire de nouveau et de rebondir ? Sommes-nous en train de vivre, ce que nomme l’anthropologue Fanny Parise, un rite de passage ? Ce dernier, qu’elle explique avec clarté sur son site “Madame l’anthropologue” et lors d’interventions en vidéos, se dessine comme suit avec trois étapes : la crise (le covid donc, l’épidémie), la cérémonie (le confinement, ce temps qui reste collectif avec des nouveaux rituels que seraient les mesures barrières), et pour finir le retour à la vie ordinaire (le déconfinement, la reprise de la vie “normale”) . Alors devons nous rester prosaïques et ancrés sur la terre coûte que coûte, ou devons nous tout tenter pour préserver, cultiver les quelques pratiques que 2020 nous a permis de créer, de sublimer ou de renforcer ?

Voici quelques idées que nous pourrions retenir. Cela n’enlève en rien, bien entendu, à la manière que chacun a eu d'intérioriser cette année, et de son appréhension face à l’année qui débute…Nous ne pouvons pas oublier de penser aux gens pour qui 2020 ne s’est pas passée comme ils l’auraient souhaité non plus.



Repenser son temps


L’année 2020 nous a donné l’occasion aussi de tester notre patience et d’étirer notre temps. Notre rapport à ce dernier s’est donc vu modifié. Cette sensation du “vivre à la va vite, trop vite” s’est muée en une envie de ralentir, de prendre le temps de vivre et de penser son “passage” sur Terre aussi. De nombreuses introspections personnelles et des reconversions professionnelles ont vu le jour ! Il faut dire que nous avions plus de temps pour penser, pour réfléchir, et pour agir donc...


Selon la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet, autrice de l’ouvrage "Eloge du retard: où le temps est-il passé ?” interviewée par le Huffpost : ”Le régime temporel a changé du tout au tout, il s’est transformé, même pour les personnes en télétravail ou qui doivent tout mener de front. Quand le rapport à l’espace change, le rapport au temps change”. Nous pourrions dire alors que confinement n’a pas eu que des aspects négatifs, il a fait rupture dans nos vies certes mais il nous a demandé de recréer à partir de cette fêlure de nouvelles manières d’être et des nouveaux schémas de pensées. Ces derniers ne sont pas tous magiques et n’ont pas révolutionné le monde mais, si déjà, ils ont suffit à tapisser notre cocon de nouvelles manières d'appréhender notre monde et le monde en général, il est toujours bon de s’en contenter! Ces temps de pause ont donc pu être bénéfiques et nous amener à nous rendre compte de leur efficacité et de leurs essence même. La philosophe, qui prône ce retour aux intervalles vides dans nos vies effrénées ajoute qu’ils “sont vitaux, ce sont de vraies respirations temporelles, de potentielles sources de créativité”. Elle affirme même “qu’on aura gagné en termes de connaissances de soi”. De cette injonction serait alors née une certaine forme de libération que nous devrions continuer à cultiver ?



Reprendre contact avec la nature


Le confinement et la crise sanitaire ont fait advenir un manque certain de verdure, de nature et de forêts... Les individus ont renoué avec leurs envies de balade au grand air et il y a une recrudescence dans les recherches de biens immobiliers à acquérir hors de la ville. De nombreuses personnes ont pu aussi découvrir de nouveaux sentiers autour de chez eux, et redevenir curieux de leur environnement proche.


Réinventer les liens


Il a fallu repenser nos manières de travailler et devenir créatifs en jonglant parfois entre nos obligations professionnelles et personnelles (enfants, tâches domestiques…) Ou quand son chez soi devient son espace de travail…


De nombreux citoyens se sont retrouvés dans la pratique du télétravail, ayant pu déjà le demander au préalable à leurs entreprises. Ils ont pu alors en tirer certains avantages sur leur concentration, sur leur équilibre personnel et professionnel mais aussi sur leur temps de trajet. Cependant, n’oublions pas que certaines personnes qui ont plutôt subi ce mode de travail ont ressenti une détresse psychologique assez forte de leur côté.


L’homme a su faire preuve d’imagination et a déployé des modes de communication qui lui ont permis de rester en contact, de garder une ouverture vers l’extérieur, et de prendre aussi plus de nouvelles des autres, de sa famille parfois éloignée, mais aussi de se préoccuper de voisins isolés par exemple.

Les “apéros visios” sont devenus à la mode et même les plus réfractaires à cela ont pu décider d’y goûter et d’y adhérer... Cela ne remplacera jamais le vrai moment de rassemblement, l’unique, mais il a offert de bons moments de joie retrouvée.




Revaloriser les plaisirs simples


Par la force des choses, les humains ont dû repenser aussi leur manière de consommer, et envisager de faire eux-mêmes leurs repas. Cela a permis de créer une nouvelle dynamique au sein de certains foyers, laissant libre court à l’imagination et au “faire ensemble”. Les petits comme les grands ont pu œuvrer au sein de la famille à faire de l’art culinaire, à repenser leur alimentation même et à privilégier le circuit court. Ne pas toujours prendre sa voiture pour faire ses courses et s’attarder plutôt à l’épicerie du coin, le sourire en plus !


Les individus se sont vu refuser certains plaisirs qui sont essentiels à notre bon développement et à la culture de nos vies sociales, et qui sont devenus aujourd’hui nos essentiels, nos plaisirs perdus et que l'on cherche par tous les moyens à retrouver. Comme l’a si joliment dit François Morel dans sa chronique sur France Inter “Nos rêves d’aujourd’hui c’était le quotidien d’hier…” Aujourd’hui, chaque individu a envie de regoûter aux plaisirs doux de se faire la bise, de se serrer dans les bras, de partager un bon plat au restaurant et de danser toute la nuit s’il le faut les uns contre les autres... La liste n’est pas exhaustive bien entendu…


Avec la fermeture des commerces dits “non essentiels”, il a fallu aussi repenser sa manière de consommer, et ce que ce soit au niveau matériel mais aussi au niveau culturel, pour notre plus grand désarroi. S’attarder sur ses réels besoins et envies sont devenus aujourd’hui des habitudes plus courantes. Les Français s’intéressent plus aujourd’hui à l’achat de “seconde main”, au slow design, aux circuits de fabrication plus courts... un vrai retour aux sources certes mais aussi aux authentiques.


Renforcer notre capacité de rebond


Cette année 2020 nous aura aussi amenée à penser notre responsabilité en tant qu’être humain, face à soi, face aux autres et leurs vulnérabilités, et face à la Terre Mère. Elle nous aura permis de rencontrer en nous cette fabuleuse capacité d’adaptation parfois; cette capacité de rebond que le collectif souvent peut porter et intégrer dans son histoire collective. Cette année nous aura fait nous questionner sur nos espaces, nos forces, nos lieux de vie, nos angoisses parfois si souvent archaïques et donc naturelles. Chacun l’aura alors vécu à l’instar de ce qu’il est profondément et de ce qu’il veut être. Surtout, ce virus pousse l’homme à envisager l’avenir à court terme et à mettre en lumière ses résistances face aux changements, face à la perte et aux angoisses des lendemains... Espérons que ces derniers chanteront toujours...


Peut-être devons nous surtout garder qu’un monde des possibles s'ouvre à nous, qu’il est nécessaire de choyer ce temps de latence dans le but de laisser infuser, en chacun de nous, les changements sociétaux et individuels inhérents à cette crise ? Si l'humanité ne sera peut-être plus la même, elle n’en reste pas moins constamment testée et notre condition d’humains avec. En effet, chaque individu vit, à ce jour, la même expérience. Ceci lui permettant aussi de découvrir, de percevoir ou même de prendre une (nouvelle) place au sein du (de son) collectif .


Alors à nous tous 2021! Nous ne savons pas si nous sommes tout à fait prêts, mais nous allons nous efforcer de garder en tête ce que 2020 nous a offert malgré tout !



Crédit photo : Lundlund et Carlijn Jacobs