Amande Haeghen, les sens en éveil

La céramiste Amandine le Drappier, aka Amande Haeghen, propose des pièces uniques aux contours irréguliers, inspirées du wabi sabi japonais. Désormais connue notamment grâce à ses appliques murales en porcelaine, elle crée également des pièces du quotidien. Échange avec une artiste qui éveille nos sens, de la vue au toucher.





L'art fait partie prenante de la vie d'Amandine le Drappier. Elle raconte d’ailleurs qu'elle a grandi au milieu des odeurs de térébenthine et des tubes d’acrylique”. En effet, dans sa famille, l'art est une caractéristique génétique qui se transmet de génération en génération. Son grand-père et sa mère étaient artistes peintres, qui aimaient peindre des moments de la vie. Amande est celle qui a repris le flambeau de la création artistique. Sa mère est sa muse, celle qui l’a inspirée dans son art Enfant, j’étais fascinée par les tableaux de ma mère et par l’aisance de ses gestes quand elle créait. Elle peignait sur des roches, sur du bois, sur de la toile… le support était propice à toute création. dit-elle. Chaque oeuvre de sa mère était empreinte de poésie et de vivant. C’est ce qui l’a inspirée dans ses créations de céramique, jouer avec les formes et les matières.


Après une formation en histoire de l’art et en art plastique, Amandine le Drappier a appris une multitude de techniques, mais pas celle de la céramique. C’est cette envie irrésistible de toucher et de construire qui m’a instinctivement emmenée vers la terre. Assembler des terres différentes, les unir pour créer des volumes, des objets, uniques et singuliers raconte t-elle.


Pour elle, l’art est plus qu’une passion, c’est un langage à part entière, un réel moyen d’expression. Elle ne s'intéresse simplement à la création de formes esthétiques, cela prend une dimension plus métaphysique. Elle puise ses inspirations dans la matière, ses forces et ses faiblesses. Elle aime repousser les limites de la fragilité et mais aussi celle de l’aspect, en essayant de développer des objets agréables à utiliser mais aussi vecteur de légèreté et de poésie. Je tente de recréer des contrastes et des rapports de forces qui finalement laissent place à une douceur infuse" nous dit-elle. Aussi, l'artiste met un point d’honneur à utiliser des matériaux 100% français et naturels. Le grès et la porcelaine qu'elle utilise viennent des carrières de Limoges, et jusqu’à son atelier parisien, chaque pièce est entièrement pensée, façonnée et assemblée à la main par ses soins, dans une logique de circuit court.






La céramique, une union unique entre matière et vivant


Le travail de la céramique va au-delà de la simple création; c’est un rituel qui se met en place. Un langage unique qui ne peut être compris que par elle. Ce dialogue est constante évolution et il n’y a pas de but, sauf celui de connaître et de ressentiraffirme t-elle. C’est une union entre elle et les matériaux qui composent ses créations : ”quand je façonne, je suis embarquée dans un dialogue avec la matière. Je n’impose pas, je ressens la terre. Les formes et volumes qui naissent sont le fruit de cet échange. J’aime travailler une terre sous toutes ses formes brutes.”



Chaque moment de création est extrêmement codifié. Elle raconte “je la cuis, je la sur-cuis, sous-cuis, je travaille son aspect, je lui ré-injecte sa propre substance cuite à l’état crue. Comme un scientifique, je teste, j’observe, j’apprends de la terre.” Une réelle émulation artistique se met en place pour toujours se surpasser et sublimer ses pièces en céramique.


“Cette approche me permet de rester dans une ébullition créative constante, de relever des défis techniques et esthétiques au travers d’un travail de recherche extrêmement fertile. La céramique est aussi le moyen de se reconnecter avec la terre, avec ce qui est essentiel” déclare t-elle. “Il faut se déshabituer du trop plein et appréhender autrement l’espace libre. Revenir à des matériaux peut transformer et empreindre la naturalité.”



Les sensations au cœur de toutes les créations


Au sein de chacune de ses créations, l'artiste met un point d’honneur à s'éveiller à de nouvelles sensations. Comme elle le disait, sa mère travaillait avec des éléments naturels, cela l’a poussée à interroger ses sentiments et à les retranscrire dans chacune de ses œuvres. Mais pour elle, cela va au-delà de nos sensations, c’est une réflexion constante; “l’art permet aussi de questionner de manière souvent inconsciente. Il bouscule notre rapport aux éléments et aux matières. Il est capable d’atteindre nos souvenirs enfouis avec parfois une grande précision. C’est cette notion de mémoire et d’empreinte que je travaille dans mes créations. Des instants figés, qui rappellent nos propres traces.”



Prendre le temps nécessaire


D'après Amandine, ralentir est au centre de notre quotidien : ”ralentir nous permet d’approfondir, d’explorer, de connaître”. En plus d’être le la clé pour enrichir notre vie c’est aussi le moyen de se concentrer sur ce qui est crucial, sur les choses simples de la vie. L’artiste affirme, “en ralentissant on s’octroie la possibilité de regarder autour de nous, tout autour. D’observer et de prendre du recul sur ce qui compte vraiment, de voir les détails qui sont souvent là où se cache la beauté.” Le plus important selon elle, est "d'accorder de la valeur aux choses qui nous font foncièrement du bien et qui nous élèvent. Prendre le temps qu’il faut et le temps nécessaire. Ne pas tenter de rompre le rythme naturel et au contraire valoriser ce temps à bon escient.”



Pour Amande Haeghen, 2021 sera “l’année du rassemblé”. En effet, la céramiste souhaite interagir avec une multitude d’autres artistes tous d’univers très différents et réunis autour d’un thème essentiel : la terre. “L’année 2020 m’aura projetée dans un besoin de création et de réunion, de collaboration. L'émulation collective qui nous manque cruellement depuis un an déjà” conclue t-elle.



Retrouvez le travail d'Amande Haeghen sur son compte Instagram