• Juliette Matha

Le déconfinement, et après ?

À la sortie du confinement, un lifestyle plus casanier est-il la nouvelle tendance? Entre l’envie de renouer avec nos interactions sociales et les nouvelles habitudes prises pendant cette période, à quoi va ressembler notre nouveau mode de vie ?


Travailler au sein du cocon familial ?

Le télétravail est l’un des grands changements liés au confinement. Il permet à la fois de réduire le temps passé dans les transports, mais aussi d’être plus à l’écoute de son rythme. Il donne la possibilité de prendre plus de pauses et de temps libre, après avoir effectuées ses tâches efficacement. Il limite donc le presentéisme, ce temps que l'on passe au travail par obligation sociale.

Malgré tous ses avantages, Arnaud, 54 ans, cadre, regrette comme 35% des télétravailleurs la facilité d'échange avec ses collègues. « Au lieu d’expliquer quelque chose en 5 minutes, je suis obligé d’envoyer 10 mails » nous confie-t-il. Il regrette aussi l’émulation de son lieu de travail et avoue devoir lutter contre certaines tentations.

Si les avis des salariés divergent, plus de 85% des français auraient un avis positif sur une entreprise proposant du télétravail à la sortie du confinement. Il pourrait même devenir un véritable atout pour attirer de nouveaux talents.

Cependant, le droit français ne permet pas à un salarié d’exiger de télétravailler. En revanche une entreprise peut l’imposer. Mais alors que pensent les entreprises du télétravail ?

Pour Saint Gobain, entreprise du CAC 40, tant que des solutions n’ont pas été trouvées pour empêcher une éventuelle transmission du virus, au sein de l’entreprise, le télétravail continue. En effet, de nombreuses mesures ont été imposées par l'État, pour empêcher une éventuelle contamination au sein des entreprises. Et ces mesures peuvent être difficiles à mettre en place. De plus, le premier ministre encourage fortement à maintenir le télétravail pour limiter la pandémie.

Le télétravail complet est donc une solution temporaire pour les entreprises. Mais, pour Catherine, 37 ans, ingénieure et mère de deux enfants en bas âge, cette période lui a permis de prouver sa capacité à télé travailler, malgré les contraintes. « Le DRH m’a assuré une possibilité de télétravailler à mi-temps, une opportunité que je n’aurai jamais eu avant le confinement. »

Une vie sociale plus connectée ?


Un autre changement majeur imposé par le confinement concerne notre vie sociale. 41% des personnes sondées remarquent que le confinement a eu un impact sur celle-ci. En effet, la psychothérapeute Stéphany Orain-Pelissolo fondatrice de la plateforme Covidecoute, explique dans le podcast Emotions, que de nombreuses personnes qui avaient pour habitude de sortir très régulièrement ont réalisé qu’elles pouvaient se sentir très bien même seule et mettre fin à leur “boulimie sociale”. Le confinement aura donc permis à un grand nombre de personnes de réaliser qu’elles existent par elle-même et pas seulement par leur travail ou leur relation.



Le nesting, un nouveau mode de vie pour beaucoup


Tous ces changements de mode de vie lié au confinement ont accentués une tendance déjà existante

le « nesting ». A l’origine, ce terme désigne le fait de rester dans son « nid » le week-end pour prendre du temps pour soi, plutôt que d’enchaîner les sorties arrosées.

Le docteur Vincent Saavedra abonde dans ce sens et explique au quotidien madrilène El País que « Nos cellules et nos organes ont besoin de repos pour se régénérer. Certes, il faut s’amuser un peu, mais si le divertissement devient un mode de vie, cela devient alors néfaste physiquement et mentalement ». Le repos procuré par le nesting est donc essentiel à notre survie et c’est pour cela qu’il est autant apprécié.

Par ailleurs, le stress est responsable de la formation d’une hormone, la cortisol, qui lorsqu’elle est produit en trop grande quantité ou bien trop longtemps entraîne des effets secondaires telle que l’hypertension ou une baisse des défenses immunitaires. Pour réduire ce taux de cortisol, toutes sortes d'activités casanières sont possibles comme la lecture, le jardinage, la couture, le bricolage, la sieste et la cuisine. Rester chez soi est donc très bénéfique pour notre santé et notre bien être.


Le syndrome de la cabane

Cependant, certains appréhendent aussi le déconfinement pour différentes raisons. La plupart ont peur de la contagion. Certains sont aussi anxieux à l’idée de retrouver le rythme de vie qu’ils menaient avant la pandémie, et d'autres ne souhaitent plus quitter leurs nouvelles habitudes. Cette peur de se déconfiner appelée le "syndrome de la cabane" se caractérise par une anxiété à sortir d’un lieu dans lequel on a longtemps été enfermé, pour retrouver sa vie d’avant. Les prisonniers ou les personnes ayant été hospitalisées peuvent l’expérimenter, ainsi que toutes les personnes ayant été confinées. Ce syndrome peut être expliqué par le fait que l’extérieur symbolise un lieu dangereux, où l’on a aucun contrôle, contrairement à la cabane. Pour mieux vivre cette peur, il est conseillé de sortir dans la nature, pour reprendre confiance en l’extérieur peu à peu.



Et dans 50 ans ?

Si des changements sont déjà visibles au sein de notre société, l’anthropologue Fanny Parise et son équipe sont allées plus loin en imaginant des scénarios où notre mode de vie aurait changé drastiquement à l’issue de la crise. L’un d’eux est un monde où les capsules seraient le seul refuge des humains. Ils passeraient donc l’essentiel de leur temps au sein d’une “unité minimum d’habitation”, qui pourraient s'emboîter dans d'autres capsules nous permettant d'aller au restaurant, au cinéma ou chez nos amis. À suivre donc...