• Juliette Matha

L'agriculture de demain sera t-elle urbaine ?


L’alimentation est essentielle à notre survie. Pourtant « Si, par malheur, il y a un embargo sur Paris et qu’on bloque toutes les issues, Paris meurt de faim. C’est une réalité. » souligne Pierre Rhabi, fondateur de l’agro écologie. Alors quelles sont nos solutions pour rendre nos villes plus autonomes ? Et ce retour à la terre ne serait-il pas bénéfique pour les citadins ?





Des fermes verticales ?


En effet, en cas d’interruption des approvisionnements, on estime que Paris et les grandes villes ont en moyenne 3 jours de réserve alimentaire. Les villes de Rennes et d’Albi ont bien compris ce que cela impliquait et s’engagent dans la voie de l’autonomie alimentaire. De son côté, la ville de Paris organise depuis 2014 l’appel à projets « Parisculteurs », dont l’objectif est de végétaliser 100 hectares de bâti. Un tiers de ces 100 hectares sera dédié à l’agriculture urbaine. Un de ces projets d’agriculture urbaine est la création d’une ferme verticale par l’entreprise HRVST. Cette ferme verticale a la particularité d’être située dans un ancien tunnel de métro.


Mais qu’est-ce que c’est concrètement une ferme verticale ? C’est une ferme, où les plants sont cultivés sur plusieurs étages, dans une atmosphère et un éclairage modifiés, propices à la pousse. Ce type de ferme a de nombreux avantages ; il permet notamment de limiter l’espace au sol et d’augmenter l’espace de culture. Par exemple, dans le cas de la ferme verticale souterraine, pour une surface au sol de 90 mètres carré, 340 mètre carré de culture peuvent être installés.


De plus, la recherche Plant Factory, an indoor vertical farming system for efficient quality food production, qui se base sur plusieurs cas de fermes verticales, démontre qu'elles sont très efficaces, puisqu’elles seraient 100 fois plus productives que l’agriculture traditionnelle et qu’elles consommeraient 10 fois moins d’eau.


Malgré ces avantages considérables, les fermes verticales sont énergivores, puisqu’elles sont dépendantes de la lumière et du chauffage artificiel. Cependant, cette consommation d’énergie est à contrebalancer avec la productivité des fermes verticales. Il faut aussi prendre en compte que cette consommation d'énergie est propre à chaque ferme, et dépend notamment de la localisation de la ferme. Par exemple, la ferme verticale de l’entreprise HRVST, grâce à sa localisation souterraine, bénéficie d’une température stable et n’a donc pas besoin d’être chauffée.


D’un point de vue nutritif, la ferme verticale a aussi l’avantage de pouvoir s’implanter n’importe où, ce qui lui permet d’être proche des lieux de consommation. Grâce à cette proximité, les aliments sont cueillis à maturité, et non dans les transports, ce qui permet un meilleur apport nutritif. Quant au goût, Philippe Audubert, président de FUL sas, qui a installé le premier prototype de ferme verticale de France, nous rassure « Nos tests sont formels, nos plantes contiennent moins d’eau et 40% plus de molécules que celles issues de l’agriculture traditionnelle. Elles sont donc très odoriférantes et fortes en goût. »


Malgré toutes ces qualités, il faut garder en tête que les fermes verticales ne peuvent être qu’un soutien à l’agriculture traditionnelle, du fait que le coût de mise en place de ce type de structure est particulièrement élevé. De plus, cette technologie reste encore complexe, et les risques, que ce mode de culture favorise certaines maladies ou certains parasites, restent encore à démontrer, selon le microbiologiste et professeur à l’université Columbia de New York, Dickson Despommier. De plus, tous les végétaux ne peuvent pas être cultivés de cette manière, puisque les légumes trop encombrants ou aux cycles trop longs ne sont pas rentables.


Antoine Chupin, responsable du département des recherches chez HRVST, explique au journal « Le Télégramme », les perspectives d’avenir des fermes verticales : « Le confinement nous a montré que la production de jeunes plants potagers fonctionne très bien. Néanmoins, ces tests nous ont enseignés aussi que dans le domaine des productions vivrières, une ferme verticale n’est pas concurrentielle en France, qui a une production agricole très importante. Les fermes verticales ne doivent pas entrer en concurrence avec les productions locales ; au contraire, elles doivent les compléter. En revanche, il existe des opportunités dans des pays qui, faute de surfaces ou à cause du climat, sont obligés d’importer, à prix fort, une grande part de leur nourriture. Par ailleurs, le marché des plantes à but pharmaceutique est porteur, garant de forte valeur ajoutée. »


Une ceinture maraîchère ?


Une autre solution soutenue par la maire de Paris, Anne Hidalgo, serait la mise en place d’une ceinture maraîchère autour de Paris. Cette idée n'est pas nouvelle, puisque c'est de cette manière que la ville de Paris s'approvisionnait au XIXème siècle. De nos jours, Paris ne s’approvisionne plus qu'à hauteur de 20% en produits agricoles provenant de la région parisienne, selon le mouvement Colibris.


Les processus de mondialisation et d’étalement urbain ont inversés la tendance. Revenir au système d’origine, pourrait permettre à la fois de se rapprocher de l’objectif d’autonomie alimentaire, mais aussi de créer des emplois. Cela participerait aussi à la réduction de la pollution en diminuant les trajets du producteur au consommateur et à la relocalisation de l’économie.

Si la maire de Paris considère que c’est une solution, les villes de Munich, en Allemagne et Totnes en Angleterre se sont déjà engagés dans cette voie. Par ailleurs, la formation de cette ceinture maraîchère semble difficile à mettre en place, étant donné que les terres agricoles d'île de France sont peu nombreuses, par rapport à la population à nourrir. De plus, les structures de ces terres ont évoluées, rendant les cultures moins faciles à mettre en place qu’au XIX siècle.





Un retour au vert pour plus de bien-être ?

Ce retour au vert en ville, au-delà de ses objectifs d’autonomie alimentaire, a des conséquences positives sur les citadins. « L’intérêt principal de l’agriculture urbaine est de reconnecter les citadins avec la nature, de mettre en place un cercle vertueux au niveau de l’alimentation. (…) Une fois que l’on a compris le cycle des aliments, on n'achète plus de tomates en février. Ça nous encourage à mieux consommer. » déclare Romain Balmary, co-fondateur de Ciel mon radis. Cette start-up installe des potagers participatifs au sein d’entreprises citadines, comme M6 ou L’Oréal.


Au delà d’une meilleure connaissance des cultures maraîchères, quels seraient l’intérêt pour des salariés déjà bien occupés, de prendre soin d’un potager ? Selon la théorie de la restauration de l’attention, visualiser ce potager pendant quelques secondes ou minutes permettraient de restaurer l’attention des salariés. Cette restauration de l'attention est particulièrement utile, lorsqu’on sait qu’en moyenne, on perdrait 2,1 heures par jour en distraction, pendant son temps de travail.


De plus, selon la théorie de la réduction du stress https://www.sageglass.com/fr/visionary-insights/theorie-reduction-stress-nature-sante?language=fr, la vision de la nature permettrait de réduire celui-ci. Par ailleurs, la simple vue sur la nature depuis des espaces intérieurs peut déjà permettre de prévenir ces troubles mentaux. Sachant qu’il y a 40% de plus de risques en ville, de faire une dépression, deux fois plus de risques de devenir schizophrène, et davantage de risques d’être anxieux, ou isolés, qu’en zone rurale, cette vision de ce petit potager pourrait être très positive.


Par ailleurs, l'un des co-fondateurs de Ciel Mon Radis explique que « Le premier bénéfice perçu par les utilisateurs est la fédération d’équipe, (…) Les ateliers de team building autour du potager permettent que le département de la compta et le marketing apprennent à se connaître, que le business development et la finance apprennent à mieux bosser ensemble. » Ce retour à la terre serait donc très bénéfique pour les villes, et pour les citadins qui les habitent.