• Nolwenn Le Deuc

L'art-thérapie : guérir sans les mots

Mis à jour : mai 11

Le mot « thérapie » renvoie souvent l’image du psychologue, ou du psychiatre, avec un long divan et 45 minutes à se mettre à nu. Depuis plusieurs années, une forme de médecine parallèle se développe : l’art-thérapie.



Si pour beaucoup, l’idée de faire un travail sur soi est synonyme d’angoisse, pas d’inquiétude. L’art-thérapie ne nécessite pas la parole. Elle permet l’accompagnement des patients dans la découverte et l’expression d’eux-mêmes. Et pour ce faire, les art-thérapeutes multiplient les supports : peinture, dessin, collage, modelage… Tout est bon pour se libérer la tête le temps de la séance.


Pas besoin d’être un artiste en herbe pour se lancer. Nathalie Chaigne, art-thérapeute et sophrologue à La Rochelle, utilise l’art-thérapie dans le cadre du développement personnel et du bien-être. « L’art-thérapie va justement permettre aux personnes qui n’arrivent pas à s’exprimer avec des mots, de pouvoir se libérer et s’exprimer en couleur. On n’est pas là pour faire du beau, ni pour garder ce qu’on va faire. Dans mes séances, on déchire beaucoup, et avec les adultes, parfois, on brûle. Ça permet de s’évader, pour les gens qui ont des gros problèmes. » explique-t-elle.

Se sentir mieux plus vite, c’est bien et important, mais où est la place de la thérapie ?



Prendre soin de soi en silence


Contrairement à la thérapie classique, ajouter la notion d’art transforme la séance en un moment ludique. Josiane Bellouard, ergothérapeute et art-thérapeute à l’hôpital psychiatrique Marius Lacroix, à La Rochelle, nous explique les bienfaits de l’art-thérapie dans ce cadre institutionnel. « Il peut y avoir un effet immédiat de détente. Quelques fois, ça ne va pas plus loin que ça. Mais trouver de l’apaisement pour les patients qui sont souvent envahis par leurs pensées négatives, leurs ruminations, c’est déjà beaucoup. Par exemple, le travail de l’argile favorise ça, en étant directement au contact de la terre. Souvent, les patients en fin de séance me disent : « Ah, ça m’a fait du bien, ça m’a détendu. » Même si l’effet ne dure pas, puisque lorsque le patient va rentrer dans le pavillon, les idées vont reprendre. Au moins, il y aura eu un petit temps d’apaisement. »

 

Seul ou en groupe, l’art-thérapie ne forment pas des artistes. Ces patients, qui sont en soin pour bien des raisons différentes, s’expriment et il ne faut pas brusquer la thérapie en voulant mettre des mots sur les créations. « Il faut se méfier de ce qui peut être dit aussi. C’est pour ça qu’on garde les productions pendant quelque temps pour éviter que les gens les montrent et que des gens extérieurs puissent porter des jugements de valeur, sans forcément le vouloir. Il y a des paroles qui sont plus ou moins bienveillantes » met en garde Josiane Bellouard.


L’art-thérapie est quelque chose de très personnel, et le patient est le seul guide de lui-même. Création, analyse, confidence… Tout cela émane de l’esprit de celui qui en a besoin et n’appartient qu’à lui.




L’inconscient s’exprime silencieusement

Lorsque ce sont nos mains qui créent, la tête peut divaguer un moment. Perdu dans ses pensées, un patient laissera son inconscient le guider. « L’art thérapie favorise l’expression non-verbale et nous permet de se rencontrer sur un autre niveau que la pensée et la parole. Quelque chose de plus spontané. On est en lien aussi avec notre enfant intérieur, car c’est lui qui prend le crayon pour gribouiller. Que ça soit dans la danse, la peinture ou la sculpture, on est totalement absorbé par ce qu’on fait. Ce qui modifie notre état de conscience, comme c’est le cas avec la médiation. On oublie tout ce qu’il y a autour. » nous confie Angela Evers, art-thérapeute et auteure du livre Le grand livre de l’art-thérapie (Eyrolles 2010).


L’art-thérapie ne fera pas des miracles. Les traumatismes présents le resteront, ils ne vont pas s’envoler d’un coup. Mais elle permet de se sentir mieux avec des énergies positives, de voir les choses avec plus de netteté, tout en allant fouiller un peu dans la mémoire à l’aide d’une création artistique. Mais ce n’est pas tout. « En art-thérapie, ce qui est intéressant, c’est qu’on travaille avec la part non-abîmée en soi. Ça redonne de la dignité à la personne qui a une image très négative d’elle-même. L’art-thérapie est aussi un outil de reconstruction. » met en avant Angela Evers.


Se sentir mieux sans les mots, c’est possible. C’est ouvert à tous et pour bien des raisons diverses et variées. L’esprit, plus léger de ne pas être confronté à la parole, peut apprendre à gérer un traumatisme, ou a y voir plus clair lors d’une reconversion professionnelle. L'art-thérapie, une jolie façon de se reconnecter aux choses positives.




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