• Juliette Matha

L'essentiel

L'essentiel. Un mot dont nous avons pris toute la dimension ces derniers mois, pendant le confinement. Avoir un toit au dessus de la tête, manger à sa faim, être entouré(e) de ses proches...

Mais l'essentiel est-il commun pour tous, ou propre à chacun ? Et lorsqu’on s’en écarte comment y revenir ? Petit rappel des fondamentaux.




La définition de l’essentiel


L’essentiel, étymologiquement parlant, vient du verbe latin esse, qui signifie être. Elsa Godart, philosophe et psychanalyste le définit dans un article pour le magazine Psychologie, de la manière suivante « L’essentiel c’est l’un par opposition au multiple, c’est l’indivisible en soi, ce dont on ne peut pas faire l’économie si l’on veut être soi ». L’essentiel serait donc ce que nous sommes fondamentalement, et ce dont nous avons besoin pour être nous-même.


S’il est difficile de répondre à la question “Qui suis-je?”, il est plus aisé de définir ce dont nous avons besoin, pour nous sentir nous même. Si certains besoins sont propres à chacun, d’autres sont communs à l’ensemble des êtres humains.


Essentiels à notre survie


Les besoins physiologiques, c’est à dire le besoin de se nourrir, de s’hydrater, de se vêtir ou encore de se sentir propre, ainsi que le besoin de sécurité sont des besoins essentiels à notre survie et communs à tous. Cependant, Alderfer explique dans sa théorie des besoins qu’au delà de ces besoins vitaux, nous avons également besoin de sociabilité. En effet, Aristote le confirme dans cet aphorisme “L’homme est un animal social”. En d’autres mots, l’homme se réalise grâce aux autres êtres humains.






Essentiels pour être soi


Si les êtres humains ont des besoins psychologiques communs - parmi eux le besoin d’amour, d’empathie, de reconnaissance, la réponse qu’on lui apporte dépend de chacun. Elle peut être liée à notre personnalité, mais aussi à notre culture et à nos habitudes. Pour Alix, 19 ans, l’essentiel, c’est de passer du temps avec ses amis. "Ils ont su me prouver qu’ils étaient là pour moi, quand ma famille ne pouvait l’être. Ils m’ont aidée à me construire et m’ont soutenue. Ils sont devenus mes essentiels.”


Pour Céline, 25 ans, issue d’une famille de culture asiatique, la conception de l’essentiel est un peu différente “Je dois tout à ma famille, ils me logent, me nourrissent et m’aiment. Ce sont eux mes essentiels.”


Quant à Christophe, 57 ans, “L’essentiel pour moi est pluriel. Au nombre de deux pour être précis, mon entreprise et ma famille. Mon entreprise m’a permis d’être indépendant, mais elle permet aussi d’aider mes employés. D’une part en leur donnant un emploi qui les valorise et qui leur permet de pouvoir “payer leurs factures” mais aussi en leur donnant de l’autonomie dans leur travail, ce qui leur permet de s’épanouir. Ma famille m’est essentielle car comme mon travail, elle donne un sens à ma vie.”


Marion, 26 ans, freelance confie que pour elle “la nature est essentielle. Elle m’apaise quand tout va mal. J’ai donc pris pour habitude de marcher dans la forêt tous les soirs, et si je ne pouvais plus le faire je serai profondément malheureuse.”



Qu’est-ce qui nous écarte de cet essentiel et comment y revenir?


Parfois on a le sentiment de s’éloigner de ce qui nous est essentiel.


Marie, 24 ans, se rappelle de ses années étudiantes, où elle ne passait que très peu de temps avec elle-même, ou à faire des choses qui avaient un véritable sens pour elle “Je passais la plupart de mon temps à sortir et à boire. Je me cherchais dans le regard des autres, je ne savais plus qui j’étais et ce dont j’avais besoin.” Cette boulimie sociale, dont nous parle Marie, est assez commune. Le confinement a permis à certains touchés par ce “trouble”, de réaliser qu’ils pouvaient exister par eux même, et pas uniquement à travers les autres.


Pour Marc, 35 ans, c’est son emploi qui l’écartait de ses essentiels, ou plutôt son surinvestissement dans celui-ci, “Toute mon énergie était investie dans mon travail, j’étais incapable de profiter de l’instant présent, je pensais toujours à tout ce qu’il me restait à accomplir. Mon burn-out m’a permis de réaliser que j’étais allé trop loin”.


Zacharie, 20 ans, étudiant en école de commerce, nous parle quant à lui de son rapport à l’essentiel, et des réseaux sociaux “ Pendant longtemps, les réseaux sociaux m’empêchaient d’aller vers l’essentiel. Ils étaient non seulement chronophages, mais je les trouvais aussi profondément faux et culpabilisants. Alors j’ai tout supprimé et je suis revenu vers mes essentiels, mes proches et le basket.”





Si les réseaux sociaux ont happés Zacharie, c’est à cause du phénomène d’addiction qu’ils entraînent dans le cerveau . Mais si il a commencé à se tourner vers eux, c’est peut-être inconsciemment, ou non, pour répondre à la norme sociale. Comme Zacharie, Marie s’y est conformée, quitte à s’oublier. Et Marc quant à lui s’est plié au désir parental, d’avoir un métier où l’on gagne très bien sa vie. Mais se conformer signifie s'écarter de ses désirs, de ce qui nous est essentiel. Et généralement cela amène de la tristesse et de la frustration.


Alors même si la norme sociale peut être structurante, parfois il faut s’en affranchir.

C’est ce qu’explique Valérie Blanco , psychanalyste « choisir d’emprunter son petit chemin de traverse dessiné par le “j’ai envie”, plutôt que de continuer sur les grands rails des “il faut” ».