Le temps

Par Marine Sorato




Une goutte d’eau, Deux gouttes d’eau, Un seau. Traversé par la lumière, le rideau de ma chambre tremble comme une feuille. Les fleurs en suspens sur le rebord de la fenêtre dessinent des personnages, théâtre de marionnettes vertes. Je somnole. Agenda blindé comme un métro trop plein, la journée à venir est minutieusement chronométrée. Parce que j’ai peur, je cours. Accompagner le mouvement par le mouvement; et c’est l’horloge qui vous trimballe. Une nouvelle semaine commence et pourtant rien ne commence. C’est un flux continu, une huile glissante qui s’infiltre partout. Un temps sans décompte, un temps sans échelle. Je grimpe les secondes et escalade les heures. Au fil du voyage, l’horizon s’éclaircit: j’approche du soleil. Mes mains se tordent de ne savoir le saisir. Ses effets me transforment. Je m’arrête un instant, suspendue, aperçois les ruines du passé supportant les constructions à venir. L’immortalité au détour du chemin, ou n’être jamais ailleurs qu’ici-même et maintenant. Ça fait trois. Trois secondes au poids de trois heures. L’éternité tenue au creux d’une main, par la vie au présent. Ne rien saisir du tout, mais tout donner pour en caresser la magie. Raz-de-marée de secondes qui en valent tellement plus, mon coeur s’emballe. J’entrevois ma proie. Taquet d’arrêt; il ne prend pas la même voie. Je tire sur ma clope comme sur le manteau du temps. Pour qu’il se retourne, pour qu’il m’attende. Puissance écrasante et effrénée, il court; et à lui, je m’agrippe. J’allonge le souffle; le suis, le sens; couler en moi. Puisqu’il est à prendre, j’évite d’être prise. Je prends. Comptant nos pas et nos heures passées, s’essayant à rentabiliser, notre violence n’égale que celle qu’il nous fait. Nul besoin d’être nommé pour exister, ni mesuré pour être pris. Il est, et comme lui, être suffit. De cet infini sur lequel nous posons mesure, à toute heure d’un quotidien étriqué, en traquer les effets. Ou bien décider d’accorder au chemin l’importance de la fin, et éviter que le Vite, ne nous plonge dans le Vide. Arrachant aux enfants leurs heures d’insouciance, il raconte aux jeunes, qu'ils ont mieux que du temps, puisqu’ils ont leur 20 ans. Puis, renvoyant les grands aux langueurs de l’attente, observer son visage qui, dans l’eau miroitée, rend bien compte du passé.

Le passé, le futur, punissent au présent.

Flâner avant que l’on fane. Flâner avant que l’on cane. Et avec lui, tourner sans fin, sur le cadran d’une montre qui n’indique rien.



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